Les fondamentaux de la liseuse

Retrouver l’émotion d’enfance de l’histoire soufflée par une voix familière.

Il était une voix familière qui dans l’enfance accompagnait la découverte des premiers textes. Elle portait des aventures captivantes qui se perdaient sur la pente du sommeil pour reparaître parfois dans le courant des rêves. Elle enrobait de tendresse les histoires qui nous formaient au monde. La lecture à voix haute fait palpiter les émotions liées à la saveur lointaine de cette voix originelle. Elle entraîne l’auditeur, le suspend entre écriture et théâtralité. Libre à lui de percevoir l’orfèvrerie de la narration, de goûter le récit en l’incarnant dans son paysage intime, de se laisser porter par la mélodie des mots ou de glisser vers des rêveries plus personnelles.

Accéder à toutes les littératures par une voix tendue.

Il n’est pas de littérature, si complexe soit-elle, que la lecture à voix haute ne rende accessible aux publics avisés ou profanes. Le texte écrit, aplati dans l’agencement de la page, captif de la ponctuation, abstrait parfois, trouve dans l’oralité une forme incandescente plus accessible. Croisée à la chair, l’écriture devient ardente, son sens est produit sensuellement. Elle est vivante, visible, lisible dans le corps qui l’incarne. Pour libérer le sens, le mouvement, l’émotion contenue dans les signes figés de l’écrit, pour en extraire le pittoresque, la texture syntaxique, le chromatisme lexical, l’âpreté ou la fluidité, le liseur engage un corps à corps avec la matière du langage. Il va physiquement au contact du verbe, subit les forces en attente sous les mots, sent qu’ils grésillent, caressent, râpent, grincent, cognent. Il les ouvre comme des fruits, en offre la chair mastiquée, irriguée, traversée de souffles. Il trace une voie claire dans la partition des phrases.

Voyager en multitude dans le tumulte et les beautés du monde.

La lecture à voix haute permet de recevoir en soi de manière palpitante, érotique, politique, existentielle, lyrique, libératrice, anarchiste, un auteur, autrement que dans la solitude conjointe d’un être et de son livre en main. L’écrit peut alors vivre en multitude, comme une proie partagée, comme un festin collectif, comme une fête. Le livre devient un lieu de liens, un lieu vivant de rencontres et de stupéfactions.